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Contexte & cie » Même sur Die ac Nocte, nous possédons quelques règles, un univers bien précis à apprivoiser, à comprendre. Pour ce faire, cette partie a été faite pour vous. C’est ici que vous commencerez votre aventure, que vous trouverez de quoi comprendre le forum.
VOUS LES COPAINS, JE NE VOUS OUBLIERAI JAMAIS Journal d'Onyx de Malherbe 2521561984
Après une jolie année, DAN ferme ses portes. Vous pouvez lire les petites explications et les petits mots du staff ici Journal d'Onyx de Malherbe 3308333368

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 Journal d'Onyx de Malherbe

         

Onyx de Malherbe

Onyx de Malherbe
J'ai débarqué à Rome le : 30/04/2019 , j’ai déjà envoyé : 296 textos, d’ailleurs, j’ai récolté : 177
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MessageSujet: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptyMer 1 Mai - 18:54

Bienvenue! Journal d'Onyx de Malherbe 3147535680
Ici seront postés, pas forcément par ordre chronologique, tous les souvenirs, détails et évènements marquants de la vie d'Onyx, qui auraient "pollué" la fiche de personnage et allongé -encore!- son histoire.

Le format se présentera ainsi:
La date complète- Le lieu.

Corps du texte.

Si le texte est une lettre ou un message, il sera noté comme ceci:
Lettre à/de machin a écrit:
Ohlàlà, quelle tragédie/comédie/félicité/Brioche Pasquier!

Enfin, je tenterai, si je m'en souviens, d'annoncer le code couleur des personnages en début de texte, histoire de ne pas perdre tout le monde. Mais si je ne le fais pas, sachez qu'Onyx parle et pense toujours en 006600

Voilàààà! Bonne -future- lecture, et, si vous avez des questions ou souhaitez participer à un des souvenirs du renard, Mpez moi Journal d'Onyx de Malherbe 2534118190


Onyx parle et pense en 006600
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Onyx de Malherbe

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MessageSujet: Re: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptyJeu 2 Mai - 12:15

Freitag, 9. März 1923 – Dresden
Maria est en skyblue

L'appartement était grand. Le fruit d'une fortune amassée durant plus de quatre siècles de vie. Les pièces spacieuses, meublées de canapés et de fauteuils en feutre, de tables en bois massifs, de bibliothèques remplies d'ouvrages en une demi-dizaine de langues différentes... Pourtant, du salon où il joue de son sempiternel violoncelle, Hadrian peut toujours percevoir les voix, étouffées par les murs, des deux conjoints.

Maria marche en cercles dans la chambre, ses pas tantôt étouffés par le tapis, tantôt claquant sèchement contre le parquet ciré. Sa robe bleu ciel réhausse parfaitement l'azur de ses grands yeux. Nyx se surprend à penser qu'il l'aimerait peut-être plus, si elle était blonde. Ah, parfait! Donc tu songes à l'autre pendant qu'elle te crie dessus en te reprochant que ton coeur lui appartient encore... Tu t'améliores, Onyx!

"-Tu m'écoutes, au moins?! Nyx!" Maria tire son mari de la rêverie d'un coup de talon dans le tapis. Il secoue la tête, lève les yeux vers elle et sent, d'un coup, tout le poids d'une rancoeur qu'elle a supporté seule depuis dix ans. Il est épuisé. De mentir, de faire front. D'être le seul de cette putain de clique d'attardés sentimentaux à assumer pleinement ce qu'il ressent, et à en affronter les conséquences... Assumer, mein Arsch! Il a épousé une femme dont les yeux lui rappellent ceux d'Olympe, simplement parce qu'il ne supporte pas sa solitude partagée avec Hadri, juste pour les quelques instants de bonheur -que dis-je, d'oubli! Juste pour pouvoir, ne serait-ce que pendant ces longues nuits à écouter le -divin, soit dit en passant- violoncelle de son vieil ami, tout en enlaçant une femme capable de l'aimer. Et si c'était ça, l'amour, finalement? Si se laisser aimer, pour une putain de fois dans sa longue vie, c'est tout ce qu'il demandait?
"-Maria, je te l'ai déjà dit maintes fois... Mon aimée, c'est toi. Olympe est une amie d'enfance. Le visage de la jeune femme rougit de colère. Elle réprime un nouveau cri, respire profondément, puis répond, un ton de menace dans la voix, des dagues effilées dans les yeux.
-Et tu vas me faire croire, très cher, que ton amie d'enfance t'envoie des messages fréquents, intraçables et presque impossibles à intercepter, juste pour te dire à quel point il fait beau à MADRID?!" La sorcière ne put s'en empêcher, elle cria le dernier mot de sa phrase. Etait-il aussi impulsif, à son âge? Par Lilith, elle a vécu les guerres Napoléoniennes et la Der des Der! Elle devrait savoir se maîtriser, depuis! Onyx reste calme, impassible. Il lui sourit légèrement, avec une tendresse dont il est lui-même surpris. Plus il passe de temps avec Maria, plus il comprend Olympe... quelle tragédie de faire tant de mal à l'être aimé.
"-Meine Kaiserin... C'est toi que j'aime, je t'assure." Il ment. Il a beaucoup de tendresse pour elle, mais jamais Maria n'a déclenché la passion que Nyx peut avoir pour Olympe. Et il croit à ses mensonges, ce con.
La jeune femme, au bord des larmes, ouvre un portail vers on ne sait où et s'en va. Alors qu'il regarde les boucles rousses de sa bien-aimée disparaître dans le cadre violacé, Onyx se remémore ses voeux de mariage. Je jure de n'aimer que toi, de t'appartenir corps et âme, dans la santé et la maladie, le bonheur et la tristesse... jusqu'à-ce que la mort nous sépare. Il sourit. La mort n'est pas prête de séparer deux immortels. Par contre, la jalousie semble disposée à se charger de cette besogne. La petite coquine!
Las, Onyx se lève et rejoint Hadrian, toujours en train de jouer dans le salon. Le brun ne dit rien. Que peut-il dire? Que sa femme est jalouse de la femme à cause de qui il est mort, devenu immortel, qu'il aime toujours, et qu'il croit morte depuis presque quatre cents ans? Non, c'est impossible. Il n'aurait jamais dû la laisser s'en aller... Tout aurait été plus simple, si elle était restée. Elle aurait vécu son histoire avec Hadri, et Nyx aurait pu vivre sa vie, perfectionner sa magie sans se soucier de protéger Olympe et Hadrian d'eux-mêmes.
Même à l'instant, quand Maria est partie, il le sait, pleurer seule sa peine, sa rage et sa jalousie, il aurait dû l'en empêcher. Des portails, encore et toujours. Ils s'ouvrent, elles fuient, il regarde. Les yeux clos, se laissant emporter par la mélancolie du violoncelle, le renard murmure.
"-Je hais les portails."


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MessageSujet: Re: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptyVen 3 Mai - 1:11

September 1917 – Quelque part en Bavière

Il fait bon, aujourd'hui. L'air est frais, chargé des parfums délicats de fleurs, des gazouillis des oiseaux, et de la litanie de détails joyeux qui caractérisent l'été dans la forêt noire. La douce mélodie de la Nature qui s'épanouit allège les corps, ravive les passions et calme les âmes. Personne n'a, en ce beau jour de juillet 1917, la moindre raison de ne pas profiter d'un tel paysage.

"AAAAAAAAAAAAH! Schweinhund Franzose! HURENSOHN! Martha, meine hüpsche Martha!" Ah, c'est vrai. Il est là, lui. Lui, c'est Dietrich. Un membre du bureau de développement de Bayer. Oh, rien d'éminent. C'est un bon chimiste, mais un piètre meneur d'homme, et un pire commerçant. Il n'avait rien demandé d'autre qu'un métier honnête, et le salaire qui lui est dû. Qui aurait pu penser que ce gaz allait être utilisé sur le champ de bataille?!
Onyx laisse tomber au sol, la nuque raide, la dépouille meurtrie d'une femme. Elle a sûrement été belle, avant que le sorcier ne fasse pousser un cerisier dans ses voies respiratoires. Les yeux révulsés par la douleur, la peur et l'incompréhension, elle gît maintenant dans une position grotesque, désarticulée, les traits déformés par son ultime expérience -et par une branche de bois sombre noueuse qui lui a cassé la mâchoire en sortant, aussi. L'élémentaliste a eu recours à ce genre de mise à mort des dizaines de fois, pourtant, il n'a jamais su ce qui avait raison de ses victimes en premier: la douleur, l'asphyxie, l'hémorragie causée par les poumons perforés? Par instants, il se dit que le métier de médecin légiste doit être passionnant.
Dans la cabane miteuse, nichée au fond de la forêt noire bavaroise, Nyx se rassoit sur sa chaise. De la fenêtre masquée, quelques rais de lumière laissent entrevoir le miracle d'une belle journée de septembre. En face du brun, Dietrich, ses yeux bleus injectés de sang, la bouche tellement élargie qu'il en a perdu son bâillon, le visage tuméfié, couvert de coupures superficielles et visiblement encore douloureuses, s'évertue à lancer insulte sur insulte à son bourreau. Il pourrait faire preuve d'imagination, d'ailleurs. La mère de Malherbe n'était certes pas une sainte, mais elle ne mérite pas tant de haine.
Pendant que l'allemand reprend son souffle, secoué de sanglots à mesure qu'il réalise que le tas de chair et d'écorce déformé qui s'est affaissé sur le parquet est ce qui reste de sa femme, Onyx prend la parole.
"-Tu as fini? Parfait. Le renard se lève, pose les mains sur la table qui le sépare du chimiste et le fixe. Le sourire tranquille qu'il affichait pendant que sa mère et sa partie se faisaient insulter n'est plus, remplacé par l'expression fermée, calme, indifférente, d'un professionel. -Soyons clair, Dietrich. Tu ne sortiras pas vivant de cette pièce. Et tu me diras tout ce que tu sais, de gré ou de force. Donne-moi le procédé de production en masse du gaz, les lieux où vous le conservez, et la date à laquelle vous comptez le transporter.
-Hah! Pour que vous tuiez tous mes collègues, et que ma patrie soit envahie par des FRANCAIS?!
-Dietrich, dietrich, dietrich... Nyx sort de la pièce. Relevant la tête, le chimiste comprend son erreur. Il crie, implore, supplie. Quand la porte se referme, c'est avec un chapelet d'insultes que l'allemand termine sa phrase. Qui est-ce que ça sera, cette-fois si? Pitié, dans votre grande clémence, faites que ce ne soit pas...
-Hans! Dis bonjour à ton papa! ... Milles excuses, j'oublie! Tu es bâillonné. Le sourire du sorcier s'efface. Tu ne pourras même pas lui dire au revoir."

Plus tard, Nyx fume une cigarette, adossée à un sapin. La fumée s'élève, grise, vers les cieux. Parmi les odeurs de bois brûlé, le fumet particulier de la chair qui roussit se distingue. Dans quelques mois, un an tout au plus, l'Allemagne, à bout de souffle, perdra la guerre. Elle n'a ni les hommes ni les ressources pour tenir bien longtemps. Pourtant, le peuple et les civils y croient encore. Dietrich, lui, voit maintenant la vérité en face. Il la regarde, détruit, au milieu de la fumée. Elle est gravée dans l'écorce qui, il y a encore quinze minutes, était le visage de son fils unique.
Homo homini lupus est.


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Dernière édition par Onyx de Malherbe le Dim 12 Mai - 2:17, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptyVen 3 Mai - 18:24

19 avril 1640 – Trégunc

Il fait jour. Dehors, les mouettes s'égosillent. Onyx entend leurs cris s'approcher, s'éloigner, se renforcer ou s'éteindre au gré des vents. La brise chargée d'embruns soulève ses cheveux longs et attachés. Il pense à elle. Alors que l'image de ses grands yeux marrons, riants, pleins d'entrain se forme dans son esprit, machinalement, le jeune homme joue avec sa fourrure. Ya pas à dire, elle est -enfin, était- bien plus forte que lui en grattouilles de queue. Quoi que ça puisse vouloir dire. Comme tous les 19 avril depuis maintenant deux ans, Nyx s'est levé aux aurores. S'ils n'en ont jamais parlé -et n'en parlerons sûrement jamais, d'ailleurs-, Hadrian sait que le sorcier aime passer son anniversaire seul. Il n'a jamais aimé ce jour, même du temps où l'âge avait encore un sens physique pour lui. L'idée de fêter, morose, le jour de sa naissance juste après avoir fêté, morose, le jour de la naissance du blond n'aide en rien, effectivement.
-132 ans, hein... Cela fait presque cent ans que mon corps ne vieillit plus, alors., se surprend à penser le renard. Parcourant, de ses olives tachetées, la côte sud bretonne, il contemple. Avec le retour des beaux jours, nombreux sont les bourgeois et nobles qui viennent passer quelques jours sur les plages de Treskao, ou bien danser dans une des maisons du vieux port. Plus personne de marque n'est entré sur le domaine de Malherbe depuis maintenant longtemps...
La lettre qu'Onyx fait semblant d'ignorer depuis maintenant deux ans, qui lui est adressée d'une écriture qu'il a appris à associer à Anaïs, manque de s'envoler. Elle est très vite rattrapée, puis reposée sur la table en bois massif, où des racines fines viennent délicatement la maintenir en place. Nyx ne lui a jamais appris à écrire. Serait-ce Hadri qui l'a fait? Parfois, le sorcier se demande lequel des deux hommes elle avait épousé.
-Hmpf. Comme si son coeur était libre... Et comme si elle avait manqué de tendresse avec moi...
Regardant les ombres des mouettes découper des V approximatifs dans la lumière bleu pâle du ciel matinal, il inspire profondément, bloque sa respiration, puis expire, lentement, calmement. Cela fait plus de deux ans, depuis cet horrible soir du 7 janvier 1638, qu'il n'arrive pas à pleurer la disparition de son aimée. Nyx n'en a pas parlé à Olympe. Il n'a même pas parlé à Olympe de son mariage avec elle. L'idée puérile de faire jalouser une femme qui n'a jamais été éprise de lui est morte en même temps qu'Audrey, première -deuxième, si l'on compte Hadrian- victime d'un amour aussi futile que destructeur. Parfois, il se dit qu'il n'aurait pas dû se fiancer à Oly. Hadrian est fort, il s'en serait remis, même si son cœur de jeune Terrestre passionné ne s'en croyait pas capable.
Cette pensée le hante depuis la mort d'Anaïs. Et s'il n'avait jamais épousé Olympe? Audrey ne serait pas morte de chagrin, Elena n'aurait pas fini sa vie déchirée par la rancœur qu'elle ne pouvait diriger que vers le fantôme d'une rivale amoureuse, et lui... Lui, qui depuis presque un siècle n'a plus vu le soleil, lui qui pendant des nuits -enfin, des journées- n'a pu dormir, persuadé qu'il était que, sans le battement régulier d'un cœur, il ne se réveillerait pas le lendemain. Lui qui s'enferme, se blesse, se hait, se torture, à l'idée qu'il ait besoin de sang -de sang humain!- pour vivre. Nyx est toujours convaincu que son apprentissage du violoncelle est un service qu'il a rendu au sorcier, et pas un mécanisme pour surmonter sa peine.
-Désolé, mon ami... Il semblerait que ta condition de cadavre m'a peiné plus que toi... Et merci. Merci d'emplir le silence des immortels de la voix tremblante des cordes.

La première larme tombe alors qu'il ouvre la lettre. Le premier caractère est une enjolivure dans le plus pur style baroque, faite main. Sa plume est -était!- aussi gracieuse et douce que tout le reste de son être.

Anaïs a écrit:

Nyx,
En premier lieu, je te prie de me pardonner pour mes machinations. J'ai souhaité apprendre à écrire pour te faire la surprise, le jour de ton anniversaire, d'une lettre. Hadrian m'a aidé en secret, les longues nuits où tu étais en voyage d'affaires. Ce qu'écrire est amusant! J'ai écrit cette lettre des dizaines, non, des centaines de fois depuis que... ma condition est avérée. Le grattement d'une plume d'oie sur du papier à grain épais est plus délicieux que le son des meilleurs violons et des plus gracieuses des harpes. Ne t'inquiète pas, renardeau! Un sourire triste apparait sur le visage d'Onyx à la lecture de son sobriquet privé Rien n'est plus agréable que la douce fourrure de ton appendice!
Je sais, mon aimé, que ton cœur est pris. Hadrian m'a raconté votre jeunesse. Tu es épris d'Olympe, n'est-ce pas? Sinon, tu n'aurais jamais accepté de l'épouser pour qu'elle reste. Tu n'aurais pas fait ça à Elena, paix à son âme. Je ne t'en veux nullement. J'espère juste, du fond de mon cœur, avoir enjoué les jours passés à tes côtés, si fugaces ont-ils pu sembler pour un immortel.
Onyx, très cher, tu as tenté d'abandonner ton cœur, et tu en souffres depuis. Hadrian, s'il ne m'en a jamais parlé, te connaît mieux que quiconque. Il le voit très bien, mon amour. Il ne pourra accepter son éternité que si tu vis la tienne, à ses côtés, comme le frère que tu étais pour lui de son vivant. Je t'aime, Onyx Benoît de Malherbe, et tu as le droit d'être aimé, crois-moi!

Ta chère et tendre roturière, Anaïs Laura de Malherbe.


Roturière. Elle est -était, bien la seule personne à pouvoir se qualifier ainsi. Même Hadrian eut droit à un sacré discours lorsqu'il a mis ce fait en lumière. Onyx range la lettre, ne souhaitant pas la mouiller encore plus.

19 avril 2019 – Rome, Trastavere

Nyx, seul dans sa chambre, éclairé uniquement par une bougie -éclairage qu'il affectionne particulièrement-, referme l'enveloppe avec son contenu encore intact dedans. Depuis trois cents ans, cette lettre est, pour lui, la seule preuve de sa valeur en tant qu'être vivant. Depuis trois cents ans, à chaque fois qu'il finit cette lettre, qu'il repense à la tendre et douce Anaïs, à sa mémoire, à sa dévotion absolue, il pleure à chaudes larmes.
-Elle, elle n'est pas morte, ma petite roturière.

Comme tous les soirs depuis six mois, Nyx se rafraîchit, puis descend les trois étages du Castello di Malherbe. Comme tous les soirs, les filles feront tourner les têtes, vider les portefeuille, et lui remplira les verres dans une chaleur étouffante mêlée aux aphrodisiaques diffusés par ses plantes. Comme tous les soirs, avant l'ouverture des portes, il fait boire aux danseuses et danseurs l'élixir qui les immunise contre les effets de cette drogue. Comme tous les soirs, il oubliera ses amours perdus en contemplant ceux qui tentent de les retrouver au fond d'un verre, entre les jambes de son armée de sirènes.


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Dernière édition par Onyx de Malherbe le Sam 10 Aoû - 16:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptySam 4 Mai - 0:55

Hadrian est en orange, Gabrielle est en 0033cc

Mars 1800 – Paris

BGM complètement anachronique mais j'm'en fous et jvous baiz

Elle a l'air frêle, dans sa robe bleu cobalt piquée d'arabesques vert forêt. Son chignon serré met en avant un visage clair, maculé de tâches de rousseur. Des yeux, par Bael ces yeux! Avant même de lui avoir demandé son nom, le sorcier s'était perdu des heures durant au fond de ces éclats d'océan. Gabrielle Gouvion, fille d'un éminent général Napoléonien. Onyx n'était venu que pour tisser des liens précieux, ce genre de liens qui vous font monter dans la hiérarchie. Mais quand cette jeune femme, tout juste sortie de l'adolescence, lui sourit, son objectif a changé. Il s'imaginait déjà dénouer ce chignon, s'approprier les ondulations châtain qui s'étaleront en une sainte corolle sur l'oreiller de soie. Une voix claire, candide, prête à être désacralisée... Alors qu'il lui propose, comme tout bon gentleman, une danse, Nyx s'imagine déjà souiller sa couche et son intimité.
La pucelle n'est qu'un jouet entre ses mains. Il la fait danser, s'arrêter, repartir, virevolter au rythme de la musique. La foule semble faire place à ce fantastique et nouveau couple de rossignols, revigorés qu'ils sont par l'odeur du printemps et d'une maturité encore inexplorée. Dans sa redingote verte -qu'il porte en souvenir d'une couleur chère à Olympe-, Nyx accompagne parfaitement les pas de la belle, il contemple avec retenue sa gorge lorsqu'elle lance sa tête en arrière, il sait que l'alcool seul n'explique pas le trouble qui monte en lui.
Sa peau est douce, piquée des mêmes tâches de rousseur que son visage. La délicate odeur de caramel qui émane d'elle n'est qu'une douceur de plus sur le plateau de sa nudité. Malgré son infertilité, le renard s'imagine l'amener jusqu'à la pâmoison, la faire trembler, laisser sa langue danser le long de ses courbes, la faire enfanter encore, et encore, et encore... Pour la première fois depuis cette fatidique nuit de 1536, l'homme en lui se débat pour prendre le contrôle. Venu le moment de la passer à un autre partenaire, il sent sa main s'attarder au creux de la sienne, son souffle, malgré la distance qui les sépare, le brûle à travers le mouchoir qui cache son col. Il lui montrerai bien toute la fougue d'un contemporain de la Renaissance florentine. Nyx n'a pas la moindre fibre artistique, pourtant, en ces quelques minutes de valse, combien de Vénus a-t-il tracées du pinceau de son imagination!
Ceci est une scène de sexe. Vous êtes prévenus!:
 


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MessageSujet: Re: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptyDim 12 Mai - 1:56

24 luglio 2018 – Roma
Peu à peu, les lumières électriques de la ville laissent place aux premières lueurs de l'aube. Ainsi commence le petit matin, piégé dans cet instant hors du temps où Soleil et Lune perpétuent une lutte plus vieille que le Monde. Il fait déjà bon, dans les rues de Rome. Les papillons commencent à voleter au hasard, à la recherche du précieux nectar qui leur est vital. Les vestiges d'une énième nuit de fêtes et de complots se retrouvent cruellement piégés dans la douce lumière du Levant. Dans une quelconque maison de Monti, lamentations et blessures s'effacent, noyées par la sueur de quelques bénévoles.
C'est la quatrième, cette nuit. Celle-ci, -parbleu!- il la sauvera. Elle n'a pas de nom. En tous cas, elle n'en connaît aucun qui lui sied. Ses yeux, jadis verts comme les denses forêts d'Auvergne, ont été rendus gris par la poussière, par la violence, par l'Homme. Son maquillage ostentatoire a bavé, déformé en de grotesques et pitoyables ersatz du test de Rorschach. Il a fallu que le sorcier lui fasse respirer le parfum de la rose bleue qu'il porte au col pour qu'elle accepte d'être traitée. C'est déjà la sixième entaille qu'il referme sur son corps. Elle devait être belle, la pauvre...
Derrière, dans un coin de la salle d'opération, il observe. Il garde jalousement contre lui un sac à dos violet, orné de patchs et de symboles imitant les runes des Néphilims, cousus dans le tissu usé. La salle est à peine salubre. Onyx voulait prendre le temps de nettoyer la table d'opération avant de l'y installer. Elle n'avait pas ce temps. C'est dans le sang de ses consœurs qu'elle se fait soigner.
"-Lupa. Elle lève vers lui les galets usés que sont ses iris. Le sorcier devine, derrière la torpeur qu'il lui a infligée, un air interrogateur. -Ich werde Sie Lupa nennen. Dieser Name passt gut zu Ihnen. Oder?" C'est avec un sourire épuisé qu'elle se rendort, maintenant que le brun a renforcé le parfum de sa rose. Il a raison, ce nom lui va bien. Elle a tout d'une louve, avec ses cheveux ternes et sales, son regard profond, scrutateur, méfiant. Sa lippe toujours retroussée en une moue grogneuse. Ses courbes fines mais puissantes, ses mains et ses pieds fins -si fins!- mais ô combien agiles.
Et lui, avec sa chevelure luxuriante, tirée en arrière à l'italienne. Son corps frêle mais musclé, forgé par des années de lutte dans le bourbier des quartiers pauvres -disons les choses! Onyx n'a jamais aimé le mot "défavorisé". Il s'appelle Leo, à présent.
Encore une enfant de la nuit. Pas une Obscure, non. Ce serait trop beau. Les Obscurs ont appris à vivre dans l'ombre, eux. Elle, elle est simplement née dans la mauvaise famille, le mauvais quartier, avec le mauvais appareil génital. Même avec ses connaissances en guérison et sa capacité -développée au cours d'années de torture, d'autopsie et de soins sur les fronts d'Europe- à régénérer les cellules, il ne peut rien faire pour elle. Si jamais Lupa voulait enfanter, elle aura du mal à le faire, sans utérus. C'est déjà un miracle qu'elle ne se soit pas vidée de son sang avant que son ami -frère? Conjoint?- n'ait pu l'amener ici. Dans n'importe quel hôpital humain, elle serait morte. Nyx a fini par se faire une réputation de bienfaiteur du petit peuple, depuis trois mois qu'il œuvre ici. Les proxénètes et barons de la pègre en sont mécontents, mais peu de gens osent s'attaquer de front au meurtrier de de Rougé.

19 Settembre 2018 – Roma, Trastevere
"-Bienvenuti nel Castello di Malherbe!" C'est pour elle qu'il a ouvert ce refuge. Pour elles toutes. Puisqu'elles doivent vendre leur corps pour vivre, il leur donne un endroit où il ne sera pas bafoué. Puisque leur âme est morte, il leur donnera la plus belle des sépultures.
Ils sont dix-sept. Douze femmes, cinq hommes. Quelques-uns ne sont pas majeurs, il en est certain. D'autres n'ont juste jamais pu développer de caractéristiques sexuelles secondaires, ravagés dès l'enfance par les vices d'un Monde qui n'a jamais été juste. Ici, c'est lui qui commande. Entre ces murs, personne ne peut entrer sans y être invité. Tapis dans la pénombre, entre le bar horizontal et celles à la verticale, même la Brigade Nocturne ne peut leur faire de mal. Pénétrer dans le Castello di Malherbe, c'est s'exposer à des spores qu'il peut rendre mortels d'un clignement de cils, c'est entrer dans une prison de fleurs prêtes à devenir ronces. Le Château de Malherbe est un véritable château-fort. Celui des plus démunis, des vivants qui ne le sont plus vraiment, des corps couverts de cicatrices que même la plus puissante des magies curatives ne peut effacer.

"-Ici, personne ne vous fera de mal. Tout ce que je vous demande, c'est de faire ce que vous faites le mieux: attisez les perversions, jouez avec les fétiches, faites des pulsions de ceux et celles qui jettent leur argent sur votre corps vos armes. Et récoltez leurs secrets les mieux gardés. Même Dieu ne saurait attaquer celui qui connaît son point faible."


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MessageSujet: Re: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptySam 20 Juil - 17:46

Elena est en cc3333

[Notez que, pour le bien d'un récit plus amusant à lire et à écrire -et parce que j'ai la flemme, aussi-, le langage usé par les personnages est assez contemporain.]

16 juillet 1536 – Domaine familial de Malherbe, Trégunc

Cette escapade bretonne, bercée par le vent de la mer et ses embruns revigorants, ils en avaient tous besoin. Les fiançailles furent annoncées officiellement la semaine précédente, et la Cour est un ébullition. Si les rumeurs d'infidélité concernant Hadrian ont pris fin, les commères n'en restent pas moins loquaces. Désormais, la cour de France considère l'héritier de Lacroix-Choiseul comme un cupidon, le meilleur entremetteur de France et de Navarre. Le subterfuge a très bien marché. Trop, peut-être!
Assis sur un vieux banc, au fond du bosquet qui sert de jardin au manoir de Malherbe, Onyx regarde les mouettes monter et descendre au-dessus de la berge. Il suit les mouvements de la brise grâce à ces balises aériennes pleines de plumes et d'iode. Malgré le soleil écrasant, comme toujours, l'Atlantique remplit à merveille son rôle de thermostat géant.
De ses mains, le renard effeuille -cruellement, si vous me demandez mon avis- une marguerite. Sa main s'arrête, retenue par le pincement au cœur qui accompagne le dernier pétale de la fleur.
Il jette la fleur sans rage, et expire bruyamment Au moins, la Cour y croit.

"-Alors, Olympe t'aime à la folie?" Le sorcier sursaute. Elena a toujours eu le chic pour le surprendre quand il s'isole. Et ça a l'air de beaucoup trop l'amuser, d'ailleurs. Nyx se retourne, souriant avec tendresse. Il essaie -en vain- de cacher le vague à l'âme, la tristesse sourde et légère, que cette énième confirmation de son amour à sens unique réveille en lui. Les olives qu'il braque vers la femme de Lacroix-Choiseul semblent bleues de mélancolie.
La jeune femme s’assoit à côté de lui, et répond elle-même à sa question.
"-Plutôt pas du tout, oui." La question était rhétorique, et la réponse est amère. Le ton est ferme, empli de la jalousie d'une femme amoureuse. Les yeux d'Elena fixent le large, comme si elle y cherchait la cible de toute sa rage. Celle-ci est, pourtant, à deux ou trois cents pieds dans l'autre direction, en train d'assister aux animations du banquet que les pères de Malherbe et de Briant ont organisé pour fêter les fiançailles. Cachée derrière sa coupe du meilleur hydromel de Bretagne, elle s'efforce d'être le symbole de pureté et de beauté raffinée que l'étiquette lui demande d'incarner. Et comme à chaque fois, Nyx ne peut contenir son dégoût pour cette imposture, cette image déformée et mensongère de sa chère et tendre Oly.
Alors, il s'isole. Et Elena le rejoint.
S'ils s'apprécient en tant qu'amis, la solitude les a rapprochés, créant un lien particulier et étrange entre eux deux.
"-Dis-moi, Nyx...Sans autre cérémonie, la belle en vient au vif du sujet. -Pourquoi as-tu autant insisté pour épouser Olympe? Tu sais bien... Le dire lui fait du mal. Tellement, tellement de mal. Le sorcier décide qu'elle n'aura pas à le dire. Pas une fois de plus. -Qu'elle est éprise de ton mari, et que cet amour est réciproque? Bien sûr. Hadrian m'a demandé de le faire. Ça, Elena le savait déjà. Ce n'est pas l'objet réel de sa question. Pourtant, le renard continue comme s'il ne voyait pas où elle veut en venir.
-Pour empêcher qu'elle ne soit donnée en pâture à un quelconque vieillard riche de France."
Il n'a pas vu venir la claque qu'elle lui assène. Les yeux écarquillés, il dévisage cette femme. Elena, qui n'a pourtant jamais été impulsive. Elena, un parangon de contrôle de soi. Elena... En larmes.
"-Ne me mentez pas, sieur de Malherbe. Sa voix est calme, contrôlée, douce. Même en la connaissant, le renard peine à entendre le tremblement qui secoue ses mots. De rage, de honte, elle baisse la tête pour continuer. -Tu l'aimes, n'est-ce pas? Je ne t'ai pourtant jamais pris pour un sentimental. Elle a raison. Nyx n'a jamais été homme à se mêler de ces affaires frivoles et futiles. C'est un arriviste, un ambitieux. Il ne poursuit que le progrès personnel.
-Elena, je... Le renard serre les poings. Il savait que ce moment arriverait. Il savait qu'Elena, qui souffre en silence, regardant avec un visage impassible son mari la déshonorer -et y trouver un bonheur inépuisable, en plus!-, n'accepterait pas qu'il empêche le départ d'Olympe. Comment le pourrait-elle?! C'était un moyen facile et rapide de se débarrasser de sa rivale, sans même lever le petit doigt. Nyx inspire profondément.
-Depuis quand le sais-tu? Le sorcier apprécie la façon qu'a la femme de son ami de le percer à jour, sans le moindre effort, semble-t-il. Avec elle, il n'a pas à jouer un personnage -même s'il le voulait, il ne pourrait pas, de toutes façons. Elle ricane en entendant sa question.
-Nyx, enfin! En vous rencontrant, j'aurais juré que vous étiez déjà fiancés! Nerveusement, ils rient. De ce rire franc, celui qui libère, celui qui brise les chaînes qui pesaient sur les cœurs. Le rire de deux pauvres hères amoureux de personnes qui ne pourront jamais rendre leurs sentiments. Le rire de deux compères qui, forts d'une longue amitié, s'esclaffent devant le ridicule de leur situation. Le rire de deux personnes qui regardent, depuis plus de cinq ans, leur être cher vivre une idylle avec un -ou une- autre.

Le rire de deux humains tristes, qui par amour se sont séparés de leur jalousie, et qui par amour ne pourront plus jamais aimer vraiment.


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Onyx de Malherbe

Onyx de Malherbe
J'ai débarqué à Rome le : 30/04/2019 , j’ai déjà envoyé : 296 textos, d’ailleurs, j’ai récolté : 177
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MessageSujet: Re: Journal d'Onyx de Malherbe   Journal d'Onyx de Malherbe EmptySam 10 Aoû - 15:48

Domenica 18 agosto 2019 - Roma; Castello di Malherbe

Une heure dix-sept du matin. Au-dessus de la verrière verdoyante du troisième étage, la voie lactée dévoile tout ce qui peut être dévoilé. La longue et onduleuse traînée de réacteurs nucléaires lointains perce tant bien que mal les diverses pollutions qui s’emploient à cacher ce sublime spectacle: lumineuse, aérienne, diffusion de Rayleigh, diffraction et réfraction lumineuse, feuilles d’arbres -forcément, à planter un morceau de forêt vierge sous la véranda, le ciel se voit moins bien!
Pourtant, malgré les parsecs, malgré les millions d’années, malgré toutes les saloperies terrestres et cosmiques tentant de les bloquer, les braves photons expulsés avec force par leurs étoiles mères parviennent à percer la toile couleur d’encre afin de venir y briller; flamboyantes têtes d’épingles au milieu des abysses célestes.
Son nez aquilin dressé vers le spectacle ahurissant de force et de gigantisme des lois de la physique relativiste, Onyx contemple. De ses yeux, il contemple la puissance gargantuesque de l’espace, réduite à des points blancs dans le ciel pollué de Rome. Il contemple de ses oreilles les froissements ponctuels des différentes espèces animales venues se réfugier dans les plantes pour la nuit. Il perçoit, avec une candeur et une surprise enfantine, les craquements secs des glaçons fondant dans l’irish whisky -le douzième, ce soir-, claquant dans la nuit tels des criquets de la Seconde Guerre Mondiale les nuits de juin 1944, en Normandie. Il contemple, de ce bec de faucon qu’il tend vers les cieux, la fragrance familière, puissante et boisée, d’une terre fertile, féconde, qui regorge de vie.
Il contemple et intègre, retient, apprécie à sa juste valeur ce spectacle fabuleux que nous ignorons pourtant chaque jour et chaque nuit, engoncés que nous sommes dans la vulgaire couette sèche de nos problèmes, nos sociétés, nos lois et nos codes inventés, nos faillites et nos richesses fictives, nos possessions perverses et notre orgueil tenace.

Sur ses genoux, une boule de poils mordille doucement son index gauche, qu’il a fini par lui abandonner en échange de la fin des glapissements aigus d’un jeune malamute en demande d’attention.
« -Pourquoi l’as-tu appelé Bukser? »
Nyx ne l’avait pas entendue entrer. Lupa se tenait déjà derrière lui depuis un moment, ne souhaitant pas perturber le précaire moment d’apaisement du renard.
Passant son buste et son bras par-dessus le brun -qui découvre par la même occasion qu’elle ne porte pas de sous-vêtements-, la louve pose une autre bouteille de whisky, une bouteille de Sangiovese rouge et un ballon. Elle s’incruste, on dirait.
« -Tu me tutoies, maintenant? lance le sorcier, un rictus au coin des lèvres. Bien sûr qu’elle le tutoie. Le vouvoiement, c’est au boulot, en public. Ca l’énerve, en plus, alors encore mieux!
-Réponds, ou je redescend le whisky.
-Il a les pattes arrières blanches, ça fait penser à un pantalon. Et bukser, c’est pantalon en danois » Dit le renard, se redressant pour protéger de ses bras la pauvre petite bouteille ambrée sans défenses.
« -En danois?
-Les malamutes sont des chiens de traîneau, autant lui donner un nom qui reste dans le thème. »
Lupa, qui se servait un ballon de rouge, s’arrête net, et arque un sourcil en vers son employeur. Il se justifie d’un rire attendri.
« -Ne me regarde pas comme ça! J’aime bien la sonorité du mot. Bukser. Bukser! Buky! Buk-Buuuk! »

Affolé par tant d’insistance à prononcer son nom, le chiot s’agite, jappe, glapit. Quelques caresses le renvoient dans les bras de Morphée.
« -Ne fais jamais d’enfants.
-Aucun risque!
-N’adopte pas, non plus. Par pitié. »

Haussant les sourcils de résignation, la louve lève son verre, et le renard l’imite.
« -A l’innocence d’Hadrian!, lance la belle.
Nyx sourit amèrement pendant que leurs terrent tintent l’un contre l’autre.
-Je me demandais pourquoi tu étais venue, tiens. Rassure-moi, tu comptes vraiment boire la bouteille de Sangiovese, au moins? »

Lupa ne répond que par un bref sourire carnassier, avant de siroter son vin.

« -Tu n’as pas l’air très heureux pour ton ami.
-Evidemment. Au delà du témoignage d’Olympe et les problèmes qu’il amène, c’est trop simple. Avec un alibi, le Consul ne peut rien de plus contre nous, mais je doutes qu’ils se contentent d’une affaire sans coupable. Ca, et Nathan, Olympe et moi-même échappons mystérieusement à la vague de « démissions » qui sévit à Rome. En plus, je compte bien faire bouffer ses propres gonades à celui ou celle qui a tendu un piège à Hadri.
-Tu ne travailles pas dans la fonction publique, en même temps. »

Onyx regarde la danseuse dans les yeux. Les rétines ternes, brumeuses, ne renvoient que l’image énigmatique qu’elles ont toujours eue. De la férocité contenue. Une vivacité d’esprit manifeste. Des intentions toujours cachées. La jeune femme soupire, puis s’enfonce encore un peu dans le fauteuil.

« -Tu n’y es pour rien, tu sais…
-Oui, bien sûr. C’est vrai que 450 ans à cacher à mon meilleur ami que l’amour de sa vie, celle pour qui il est mort puis revenu à la vie, n’est pas décédée comme il le croyait, c’est une petite broutille!
-Elle te l’avait demandé, je me trompe? Et puis, vous étiez fiancés., fait remarquer Lupa.
-Principalement pour préserver leur liaison. », rappelle le brun d’un ton las.
Un court instant de silence s’installe. Le sorcier n’ose pas croiser le regard de la belle. Elle verrait bien trop facilement au travers. Parfois, Onyx se demande s’ils ne se connaissent vraiment que depuis une année.

« -Tu t’en veux encore pour ça? Agacé, le brun finit son verre d’une traite, répondant tandis qu’il se ressert.
-Oh, pardon! Je croyais que laisser quelqu’un que l’on considère comme un frère s’emmurer dans la dépression, pendant que sa femme dépérit, rongée par la jalousie, la rage impuissante et le désespoir de voir son mari dans cet état était considéré comme le pire des COUPS DE PUTE!!! »

Face au sourcil arqué de Lupa, le renard se détend. Il en profite pour reprendre une lampée.

« -Désolé. C’est-
-C’est une expression, je sais., répond l’intéressée d’un ton sec. -Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je ne suis plus maline qu’un vulgaire renard.
Je l’ai énervée. La louve n’en a pas fini avec sa proie.
-Et toi, il faudrait un jour que tu arrêtes de te saouler seul le soir pou ne pas avoir à surmonter ton orgueil blessé, ta jalousie et ta tristesse. Oui, Olympe aime Hadrian, ou Nathan, ou qui que ce soit d’autre. Non, tu n’as jamais eu et n’aura jamais dans son coeur la place que tu convoites tant. Bienvenue chez les êtres humains.
-Je -
-LA FERME, Nyx. Tu peux mentir à qui tu veux, mais pas à moi. Et il serait temps que tu arrêtes de te mentir à toi-même. C’est la première fois qu’Onyx voit la louve en rogne. Sacré spectacle. Il pose son verre, content de pouvoir en placer une.
-Je ne suis pas amoureux d’Olympe, Lupa. J’ai cinq-cent onze ans, bordel! J’ai passé l’âge des mots d’enfants dans la cour de récréation. »
Là encore, un sourcil se dresse vers les cieux, en face de lui. Il n’aime pas cet air de défi qu’elle a.
« -Quoi? Qu’est-ce que tu- »
La phrase meurt dans sa gorge, s’éteint en un râle rauque lorsque la louve se lève et empoigne sa queue -la touffue. L’autre -l’imberbe, donc-, malmenée par un genou très entreprenant pour un premier soir, demande avec rage la liberté de s’élever vers le firmament sans ce rabat-joie de pantalon. Sans autre cérémonie, et après avoir déposé le canidé sur le sol, Lupa libère puis empoigne la verge du brun, le caressant avec délectation. La louve s’approche du visage de son employeur, se fend d’un rictus de prédatrice, puis se fige.
Tel un lapin pris dans les phares d’un camion, Nyx l’imite, tendu de bien des façons, et soutient son regard.

« -Vraiment? Alors prouve-le moi.
-Pardon?, dit-il, feignant l’innocence. Elle sourit de plus belle, maintenant.
-Retourne-moi sur la table, envoie valser verres et bouteilles, et baise-moi jusqu’à-ce que j’en oublie mon propre nom. Là, sur l’autel que tu lui a consacré, la tête contre les globes lumineux, les seins sur la lettre d’Anais que tu relis à ton anniversaire, les larmes aux yeux. »

De longues secondes passent. Il hésite entre obtempérer et refuser, ne serait-ce que par esprit de contradiction. Le sorcier soupire. Le désir qui l’enflamme n’arrive pas à éclairer les ténèbres qu’il a érigées autour de son coeur.
« -Menteur. », lâche-t-elle en même temps que sa -ses!- queue. Elle s’en va d’un pas rapide, fulminante. La tension redescendant, il entend enfin les jappements de Bukser, qui s’attaque avec énergie à faire peur aux orteils du brun.
Onyx regarde la table, la lettre, les bouteilles. Il tend la main vers le Sangiovese, juste à temps pour voir la louve revenir, finir les deux verres d’un traité et repartir avec la bouteille de rouge.

Le renard se sert un énième whisky, reprend le chiot sur ses genoux, lève la tête. Il n’y a qu’un seul mot pour conclure cette scène, vraiment. « -Merde. », en français dans le texte.
Elle a sûrement raison, au fond. Man up; comme disent les amis d’outre-Manche.
Il tourne son regard vers le grand cerisier sur sa droite. Derrière le masque brumeux de l’ivresse, il distingue les noeuds, les crevasses et les collines formées par l’écorce sombre. Les pétales se fondent en une aquarelle rose pâle, zébrée du brun profond des branches. L’espace d’un instant, l’enfant de Lillith imagine le verre qu’il a en main voler, éparpillant en chemin le whisky frais sur le sol, puis s’écraser contre l’arbre, éclater au contact de son tronc, faire sonner mille carillons en tombant au sol. Les glaçons, fondant dans la terre meuble et avide de l’eau précieuse qu’ils renferment. Bukser, réveillé par le bruit et les violence du geste, qu’il faudrait rassurer.
Fort heureusement pour le chiot, rien de tout cela n’arriva. Nyx se contente de ruminer sa peine. Les mots et les intentions de Lupa résonnent encore dans sa tête. Ils le plongent à une époque lointaine; une nuit de 1541. Les visages blafards, en état de choc, des deux femmes. L’allure pittoresque des robes aux plis complexes, ornés de dentelle et de sang frais. La fiole de liquide carmin que Mademoiselle de Brant, futur de Malherbe, fait nerveusement tourner entre ses doigts.
Dans un linceul fait à la hâte repose le corps d’Hadrian de Lacroix-Choiseul. Son meilleur ami est mort, ce soir. Par la même, lui et sa femme ont découvert le monde obscur, ses ficelles et l’un de ses rituels les plus sordides. Pourtant, tandis qu’il regarde le visage inerte, presque gris, de son meilleur ami, Nyx se surprend à l’envier. Il est décédé, d’une façon que le sorcier imagine violente et douloureuse à vivre. Alors pourquoi? Comment peut-il être jaloux en cet instant, après avoir regardé Hadrian se faire égorger et ses bourreaux boire son sang, par quelle machination son coeur éprouve-t-il de la douleur, envieux de la peine que sa disparition inflige aux âmes d’Oly et Lena?
Ce pincement dans la poitrine, qui lui rappelle volontiers les innombrables fois où le brun a pu maudire jusqu’à la naissance de son compère, il le garde, l’observe, l’étudie, sans rien y comprendre depuis bientôt 500 ans.
Désespéré, démystifié, écoeuré de ses propres sentiments, le renard sanglote sans bruit. Amoureux d’une revenante qui laisse une traînée de flammes partout où elle passe, jaloux d’un mort qui erre dans un désert de souffrances, et ce depuis des siècles.

Il devrait le lui dire. Il aurait dû lui dire il y a quatre cent quatre-vingt-trois ans. Qu’il l’aime, que s’il peut, par un quelconque moyen, alléger ses inquiétudes, réduire ses doutes à néant, faire du monde qu’elle voit les prairies idylliques des Champs-Elysées, c’est avec zèle et ferveur qu’il s’y emploiera. Que ses femmes -des amourettes!- n’ont jamais, ne serait-ce qu’un instant, éclipsé les sentiments qu’il refoule.
Mais cela ne ferait que compliquer les choses. Dès lors qu’il avouera, le sorcier ne deviendra qu’un souci de plus, une énième responsabilité perchée sur la croix qu’elle s’est condamnée à porter. Lui qui, pragmatique, ne s’attarde sur un dilemme que pour le désamorcer, piétine. L’honnêteté n’est pas, il le sait d’expérience, une solution. Ici comme souvent, la force d’un esprit qui feint l’ignorance est plus efficace que le trouble d’une âme qui doute.
Et d’ailleurs, douterait-elle? Olympe serait-elle secouée par ce secret plusieurs fois centenaire? Ou verrait-il, dans ces yeux bleus qu’il rêve de faire siens, la lueur peinée d’un amour indésirable? Elle a choisi, peu importe si elle n’en connaissait pas les enjeux, il y a des années de cela. Même pour un immortel, le temps finit par faire ses affres. La peur, la honte, les remords. Autant de miasmes tenaces dont les borborygmes rappellent le chaudron bouillant d’une pittoresque enchanteresse des contes germaniques. Observant de son perchoir isolé, les souffrances de deux amants séparés par la culpabilité, il a regardé son heure passer. Par respect, par amour, par la grâce divine du sacrifice de soi, diront les complaisants.
Lui, sait. Du haut de ses cinq cent onze ans, le renard voit, claire comme la Lune dans le ciel hivernal, la chance qu’il n’a pas voulu prendre. Il imagine ces mondes parallèles où, honnête avec lui-même comme ses proches, il a su vivre son idylle, ou au pire, supplanter sa douleur. Au lieu de ça, il les a laissés se languir l’un de l’autre, sachant pertinemment que l’âge n’est pas à même de guérir les blessures de ceux qui ne le comptent plus, qu’ils finissent -comme lui- par s’accrocher à sur nostalgie, comme si, et jusqu’à-ce que leur vie en dépende.

Tandis qu’une énième fois, des larmes de frustrations roulent sur ses joues, Onyx contemple avec envie les choix qu’il n’a pas su faire. De son amertume, il contemple ses faiblesses. De sa jalousie, il contemple ses regrets. De sa verrière, il contemple sa solitude.


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